Hubert TempêteLa macagna bastiaccia

Culture

La macagna bastiaccia

Un mot corse, un art de vivre bastiais, et un homme qui en a fait un métier pendant soixante ans.

On ne comprend pas Hubert Tempête si l’on ne comprend pas d’abord ce mot. A macagna, en corse, c’est la moquerie, la blague, l’art de charrier. À Bastia, c’est bien davantage : une manière d’être au monde.

Que veut dire « macagna » ?

Le terme désigne la moquerie et la plaisanterie. Fà a macagna, c’est charrier quelqu’un, le chambrer. Le mot n’a pas d’équivalent exact en français : la « moquerie » est trop sèche, la « blague » trop neutre. La macagna suppose une complicité — on ne charrie que les gens avec lesquels on a un lien.

Pourquoi « bastiaccia »

Bastiaccia veut dire « de Bastia ». La macagna bastiaccia a ses codes propres : elle est verbale, rapide, souvent en langue mêlée — français, corse et italien bastiais dans la même phrase. Elle se nourrit du quotidien de la ville : les commerçants, les administrations, le vieux port, les voisins, le Sporting.

Elle a aussi une règle non écrite : on se moque d’abord de soi-même. C’est ce qui la distingue de la satire pure. La cible ultime n’est jamais l’autre, c’est la ville entière, celui qui chante compris.

Les codes de la macagna selon Hubert Tempête

  • Détourner ce que tout le monde connaît. Il écrit ses textes sur des mélodies célèbres — Aznavour, Lama, Brel — avec l’accord de leurs interprètes. L’air est familier, le texte fait dérailler.
  • Partir du détail vrai. Le permis à points, la publicité, le maître nageur, la mairie : des sujets que le public a vécus le jour même.
  • Inventer sa langue. Il forge ses propres expressions et malmène la grammaire quand elle le gêne. Plusieurs de ses formules sont passées dans le parler bastiais.
  • Ne jamais s’exclure de la blague. Le jour de sa médaille, sa première phrase a été pour se moquer de lui-même.
  • Rester intemporel. « Ce qui est important dans l’humour, c’est d’être intemporel », dit Dumè Monti à son sujet. « Il nous fera toujours rire. »

Un art qui se paie

La macagna n’est pas sans conséquence. Quand il a écrit A merria, chanson sur la mairie, un syndicat municipal l’a traité de « poète de caniveau ». Un chansonnier qui ne dérange personne ne fait pas son travail.

De la scène à la reconnaissance officielle

Pendant des décennies, la macagna est restée un art de cabaret et de banquet, sans statut. En remettant sa médaille à Hubert Tempête le 23 septembre 2026, la Ville de Bastia a reconnu publiquement qu’il s’agissait d’un patrimoine. José Oliva, du groupe I Mantini, résume ce qu’il lui doit : il a eu « l’intelligence » de porter la macagna bastiaccia sur scène.

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Sources

Page rédigée par Yvan Barbaggio — dernière mise à jour le .